Le coronavirus m’a affecté, il m’a rendu plus vivant

J’ai la peau de l’âme trop sensible. Il faudrait apprendre à son âme à marcher pieds nus

Jean Cocteau

Je suis sensible, très sensible, je le sais. De voir des amis, des inconnues s’insulter chaque jour depuis six mois m’a tellement touché. Je ne m’attendais pas en 2020 que des divergences d’opinions amèneraient tant de violence.

Souvent lorsque je recherche la sagesse en moi, je pense à mes grands-parents. Je me demande alors ce qu’ils auraient pensé de nous, eux qui ont connu la guerre, l’occupation, plusieurs épidémies, de dormir tous dans une même pièce, et tous tes les histoires que je ne connais pas sur eux. Depuis ma naissance, c’est la première vraie crise mondiale que je vois. Je ne nous souhaite pas de guerre.

Je suis sensible, alors j’ai mal. J’ai beaucoup souffert de la fracture de mon humain. J’ai pris du recul, tant de recul en moi. J’ai vu des petites morts. J’ai vu ce que la peur peut nous faire. Elle nous fait réagir, nous fait nous éteindre ou combattre. La peur mène la vie plus souvent ; parfois plus que l’amour. J’ai vu mon humanité de proche. Combien de fois je me suis dit que je pourrais être dans un camp ou dans l’autre. Tout dépendait de quelques rencontres, de quelques évènements. Nous ne sommes que des humains qui réagissent à nos histoires.

Alors, pardonnez-moi, mais je ne ferais pas partie de vos luttes, cette lutte de chiffres. L’humain ne vaut tellement plus rien face à des chiffres et des statistiques, des études. Les chiffres sont froids, sans émotion.

Cette crise m’a rendu plus vivant. Elle a renforcé cette volonté de protéger le beau, de soutenir les liens, de dire « je t’aime » à celles et ceux qui nourrissent la vie.

Pour nourrir en plus le vivant, je manifeste le droit au port du beau et du grand, à me revêtir que de choses qui me font grandir, Afin de me protéger du virus de la haine, je me tiens à distance des débats, et toutes joutes verbales qui ne pourraient qu’affecter mon corps,

J’embrasse les porteurs de solutions, celles et ceux qui dans leur quotidien ne font pas de bruit pour mieux être vivants

Je garde la distance sociale de deux camps de cette guerre virale. Je ne m’informe plus auprès de celles et ceux qui me disent ne plus être informés, à coups de plus publications aux minutes. Je ne lis plus ceux et celles qui qualifient l’humain d’ovidés, ces moralisateurs de ce qui est bon de penser.
Je ne veux juste plus de guerres, de voir périr des gens si généreux sous les balles de la peur, sous le poison de la haine, simplement parce que nous ne pensons pas comme eux.

Je suis sensible, au beau de la vie. Je suis sensible à l’humain. Je continuerais à marcher pour le vivant. Je suis humain, juste humain, intensément humain.