Le risque de ne pas vivre

unsplash-logoRaj Eiamworakul

Vivre prudemment, sans prendre de risques, c’est risquer de ne pas vivre.
Wladimir Wolf Gozin

J’ai peur d’écrire. J’ai commencé des tas de livres. Un seul est fini et je le réécris, corrige et recommence encore et encore. Je souffre parfois à écrire tellement partager est complexe. Écrire est pour moi des liens les plus profonds avec soi. Partager est alors se mettre à nu face à vous.

Parfois, j’ai peur donc de partager. Je juge alors mon style, mon écriture, les fautes que je laisse traîner à gauche à droite. J’analyse en profondeur le texte, je me juge au passage, me critique durement. Je finis par garder mon texte bien au chaud dans le stockage de mon ordinateur.

Puis j’éteins l’ordinateur, ma passion pour les mots et mon envie d’écrire. Je m’éteins.

Combien de fois me suis-je éteint par peur ? Combien de fois n’ai-je pas agi dans ma vie ? Peur de blesser, blesser et déplaire, peur de vivre un échec, une contrariété, de tomber de haut, peur de réussir ? Peur de ne pas recevoir de l’amour ? Combien de fois ai-je attendu le bon moment, avoir la bonne formation, la bonne opportunité pour faire quelque chose ?

Combien ? Tous les jours ?

Le risque de ne pas vivre et ces opportunités de vie qui passent si proche de moi, que j’évite.

Il y a moi et la vision que j’ai du monde. J’ai l’impression que plus le temps passe et plus notre époque devient parfaite et que la place aux essais, à l’imperfection ou à la non-réussite immédiate n’est plus la bienvenue.

Le point final ne devient plus celui d’un texte, mais celui à toute envie, tout désir.

Apprivoiser l’incertitude ; oser l’imperfection, le plaisir de vivre : nouvelle façon de vivre ?

Mes textes, mes livres, peut-être cela ne marchera pas, peut-être. Je peux au moins prendre le risque du plaisir, le risque de m’offrir ces moments de créativité. Je peux prendre aussi le risque que cela réussisse.

Je me dis de le faire pour moi ; je ne vis pas comme une ermite, dans une grotte ; le regard
des autres ne m’est pas indifférent. Je me juge de plus belle sur la qualité.

Le risque de vivre, c’est apprendre à vivre avec soi, avec une fidélité à ce que nous sommes, ce qui nous rend vivants, à l’amour de que l’on se porte.

Le risque, c’est s’attendre à des chutes. Le risque de vivre c’est s’attendre à tomber dans le plaisir d’être.

Est-ce que je vais écrire plus, partager plus ? Je ne pense pas. Je souhaite juste prendre plus de plaisir à écrire avec ce qui me limite ; ces limites qui sont sûrement des avantages dans d’autres domaines de ma vie.

Cela pourrait être la conclusion d’un article sur les projets. Mais voilà, le risque de ne pas vivre est dans tous les domaines de la vie : l’amour, le travail, l’éducation. La peur, les peurs sont partout. Avec la présence des réseaux sociaux, nous la ressentons encore plus fort tellement il faut produire, être parfait et que tout soit utile, et qu’il génère de l’utile.

Même le samedi jour de repos, être fatigué n’est plus une option, il faut bouger, créer, faire.

Avec ma conjointe, nous nous faisons une blague ces derniers temps : la meilleure méthode est de virer la méthode.

Parce que pour bien vivre, il faut être humain, l’humain qui a des hauts et des bas, sans que cela diagnostiqué comme une maladie, l’humain qui est triste parfois, qui rate, qui ne fait rien, sans que cela soit une dépression, un échec ou de procrastination, un humain qui rie, qui est heureux et qui réussit, sans que cela soit exposé sur Facebook. Être humain est une palette de mille et une couleurs : du gris de la vie à la vie en rose.

Être humain, cela ne nous oblige à rien et cela nous permet beaucoup.