Fuir une vie banale, un piège ?

unsplash-logoEaston Oliver

 Toute vraie occasion est un hapax, c’est-à-dire qu’elle ne comporte ni précédent, ni réédition, ni avant-goût, ni arrière-goût ; elle ne s’annonce pas par des signes précurseurs et ne connaît pas de “seconde fois. »

Vladimir Jankélévitch

La recherche du bonheur, du mieux-être ; quelle belle quête. Si belle, qu’elle nous pousserait à trouver des expériences, des métiers ou des amours qui nous font vivre des émotions toujours plus fortes. Toujours plus serait le résumé du développement personnel, toujours en soi la spiritualité et toujours vrai la vie vécue avec simplicité.

La recherche des papillons, de l’exaltation, de l’inédit, la culture du toujours plus loin, toujours plus fort, la fièvre des émotions, cette peur du banal, de gâcher sa vie, nous fait passer à côté de la chose la plus importante : l’essentiel.

Parce que nous ne savons pas qu’est-ce qui se cache derrière des instants banals, des étincelles discrètes de vies, nous banalisons ces instants, ces rencontres qui ne paressent jamais décisives, ces silences, ces petits rien du tout.

Alors le toujours plus remplace le toujours vrai, les masques des émotions cachent la poésie du réel, le toujours plus éclipse la beauté poétique, le réel mystérieux et au combien si essentiel. Une vie que d’émotions devient une tentative maladroite de ne pas vivre à la fois l’exaltation et le calme, la stimulation et la lenteur : vivre calmement ses désirs et intensément ses calmes.

À trop vouloir le bonheur, celui-ci part aussi vite qu’arrivé, il est fait d’instants qui doivent être toujours renouvelé, toujours à rechercher, à augmenter, à être nourri de plus de sensations fortes, lorsque le bonheur de la plénitude cette quête de sens, s’installe durablement dans l’intensité de chaque instant, dans l’instant vécu dans toute sa simplicité.

À ne vouloir grimper qu’un sommet, le paradis, qui l’entoure, n’apparait pas sous les yeux.

Le poète est essentiellement un homme qui a gardé au fond de lui-même le sens du mystère et la faculté de s’étonner.

Julien Green