L’éloge de l’imperfection

Un matin de juillet 2010, mon ex-conjointe et moi allions rencontrer dans la joie la gynécologue pour la visite des 30 semaines de gestation de notre enfant à venir. Un matin un peu fébrile, où joie et anxiété de l’examen laissaient place à la joie d’une grossesse « parfaite » comme la qualifia notre médecin. Tout allait bien !

Le lendemain soir, ma conjointe rentre à la maison après sa journée de travail et m’appelle d’une voix quelque peu inquiète « Viens vite, il y a un problème… ».

La grossesse venait de passer de « parfaite » à « imparfaite », voire « scénario auquel nous ne voulons jamais penser ».

Trois jours plus tard, un bébé pressé naquit, vite transporté en soins intensifs néonataux. Nous n’étions pas prêts du tout… mais le choix n’était pas entre nos mains.

 

Je suis authentique avec moi-même.

Étant père de deux autres enfants, un troisième n’est pas (en théorie) une surprise quant au déroulement de l’accouchement. Mais je dois dire que ce fût là le premier des apprentissage de cette naissance et de cette histoire : être vrai avec moi-même par rapport à mes émotions, puisque cette naissance ne se déroula pas comme je le pensais ou l’aurais souhaité.

Être authentique est un geste de courage. C’est dépasser la souffrance, les blocages, le jugement et la critique.  En se connectant à soi, au ressenti, aux besoins, en écoutant notre corps, en regardant de face ce qui est présent, un trésor de vérité nous est révélé. Ce n’est pas toujours la joie… mais l’authenticité, c’est se permettre d’être soi sans artifice, sans carapace. Et oui, ça peut faire mal, très mal !

 

Je reconnais et j’accueille les moments difficiles 

L’accouchement… dans le langage commun, il est dit que c’est la période de libération. Pour moi, ce fut une période à la fois douce et remplie d’inquiétudes : qu’est-ce qu’un enfant prématuré ? Est-ce qu’il respire ? Est-il vivant ? Vivra-t-il des séquelles ? Pourra-t-i vivre une vie « normale » ? De multiples questions et inquiétudes en suspens. Comment gérer tout ça ? Pas évident. Avec le recul, il m’apparait que je n’ai pas joué le jeu du « tout va bien » ni du « tout va mal ». J’étais juste présent avec tout le monde, y compris avec moi-même.

Avec le recul, voici ce que je crois avoir appris :

Problème versus constat 

Quelle est la différence entre un problème et un constat ?

Le problème est une situation qui peut avoir une solution, que ce soit à court ou long terme. Par exemple, un problème d’argent, de poids, de carrière, de moral. C’une situation où nous avons du pouvoir sur la façon de régler la situation.

Le constat, c’est une situation sur laquelle nous n’avons aucun pouvoir ; comme la météo, le traffic, les retards, la durée d’un feu rouge, ou dans mon cas : la naissance de mon fils et tous les enjeux associés.

Sur un constat, nous aurons beau hurler, crier, pester, se blâmer, juger, rien ne changera. La seule chose qui peut changer c’est que l’on n’est pas obligé de se faire du mal.

Accueillir

J’ai donc pour ma part eu très peur. Peur de perdre ma conjointe, notre enfant et aussi eu très peur de toutes les conséquences et de l’inconnu de sa naissance. Je ne me suis pas caché. Pourquoi ?

Car le milieu était sécuritaire.

Pour reconnaitre ses émotions et partager au besoin avec des d’autres, il est préférable de ne pas le faire avec le premier inconnu de passage, ou avec la cousine qui vous critique sans arrêt.

Qu’est-ce qu’accueillir ses émotions ?

Je prendrai la métaphore de l’enfant.

Imaginez-vous un enfant que vous ignorez totalement. Il se peut qu’au début il vous appelle par votre prénom et devant votre non-attention, il commence à crier, à taper des pieds, à se rouler par terre. La tension peut monter, il jettera quelques objets jusqu’à peut être en briser. Et surtout, il souffrira de rejet et d’abandon. Maintenant si au contraire vous montrez à ce même enfant de la présence, de l’écoute et de la compassion, que vous le prenez dans vos bras, l’enfant connaîtra plutôt la sécurité et l’accueil. Soyez le parent aimant et présent pour le petit enfant qui est là, en vous.

Et si vous voulez aller plus loin, sachez que les émotions sont les indicateurs de nos besoins. Si vos besoins sont comblés, les émotions seront positives. Si les émotions sont lourdes, sombres et négatives, il se peut que certains de vos besoins ne soient pas reconnus ou répondus.

 

Je suis reconnaissant pour, et je célèbre, les moments faciles.

« Il n’existe rien de constant, si ce n’est le changement », disait le Bouddha. Il en va de même pour le malheur et le bonheur. Tout passe. Un jour sans, un jour avec. Un jour lumineux, l’autre sombre.

Un jour, mon fils fut désintubé car il pouvait respirer seul. Joie ! le lendemain il faisait une dizaine d’arrêts respiratoires. Horreur…

Et le jour où il a été retiré de la couveuse pour être déposé en kangourou sur ma poitrine, quelle joie, quel moment de bonheur ! Je fus tellement rempli de gratitude pour la force de vie de mon fils et aussi pour la confiance que j’ai en lui.

Célébrons les moments faciles, les moments de douceur. Même si c’est un petit bonheur comme un rayon de soleil dans une journée pluvieuse, cultivons la joie simple. Reconnaitre ces moments, c’est aussi dire à notre esprit « le bonheur existe ». C’est aussi s’encourager à continuer sur le chemin qui est le nôtre et vivre de la gratitude pour le courage démontré, pour agir différemment.

 

Je m’aime et je vous aime.

Notre fils a aujourd’hui 3 ans et va très bien malgré son CV médical digne d’un humain de 90 ans. À aucun moment l’amour pour moi, ma conjointe, mon fils, l’équipe médicale ne fut en jeu.

C’est une des clés de l’imperfection : agir sans carapace, c’est de dire et montrer que l’amour est inconditionnel. Oui je ne suis pas parfait, je peux être en colère, triste, frustré et l’autre devant moi aussi (tant que le respect est de mise), et nous devons offrir un espace sécuritaire à l’autre en lui garantissant notre amour.

 

L’éloge de l’imperfection

Un jour, mon fils a été déclaré handicappé et je peux vous dire qu’il est impossible de deviner qu’il l’est et que le mot « perfection » lui va à ravir. Le jour de cette annonce a été comme un nouveau coup, un choc. Avec tous les exercices, les pratiques, les méditations que nous faisons ma conjointe et moi, la douleur laisse a finalement laissé place à un champs de créativité et de confiance dans le monde qui est le nôtre.

Même si lors de toutes ces aventures, je n’ai pas toujours été au meilleur de moi-même, je reste persuadé que j’ai donné le meilleur. Parce que nous donnons toutes et tous le meilleur, nous essayons vivre et de nous offrir le meilleur, alors célébrons cette route et non l’objectif.

Nous sommes toutes et tous des diamants bruts que nous devons polir. Chaque jour qui passe nous fait découvrir de nouvelles facettes de nous mêmes et polir les éclats causés par certaines rudesses de la vie.

Nous sommes bien plus grands, plus lumineux que la plus belle pensée que nous avons sur nous-mêmes. Osons explorer les parts d’ombre pour les mettre en lumière, osons dire « Je ne sais pas », osons dire que « Je ferai mieux demain », osons dire « Je ne peux pas ». C’est tellement plus courageux que de vivre dans l’illusion.

Je pourrais vous donner les meilleurs conseils du monde, mais seule l’expérience vous donnera les outils. Les expériences, bien souvent douloureuses, sont celles où la leçon est le plus facilement retenue. Et si la leçon n’est pas retenue, demain sera surement l’occasion de passer à l’action. Alors je tiens à vous reconnaître… car si vous êtes en train de lire ce texte, c’est que vous avez surement débuté ou continuez sur un chemin de croissance.

Merci d’être parfaitement imparfait.

 

« Un moment de compassion peut modifier une journée. L’ensemble de ces moments peut changer une vie. » 

— Régis Carlo.

 

Je dédie ce texte à ma conjointe, mon fils et mes filles, le personnel de réanimation néonatale et des soins spécialisés de l’hôpital Sainte-Justine, le centre de rééducation MacKay et finalement l’association Préma-Québec .

 

5 pensées sur “L’éloge de l’imperfection”

  1. Monique Gilbert dit :

    Cette fois-ci Régis je ne sais quoi dire, je me sens tellement impuissante, et en même temps tellement chanceuse, tellement chanceuse parce que j’ai trois filles en parfaite santé mais impuissante dans le sens que c’aurait pus m’arriver à moi… Je suis tellement désolée de ne pouvoir trouver les mots qui apaiseraient un peu ta peine…..

  2. Vicky dit :

    Magnifique texte rempli d’espoir. Il enlève un poids sur nos épaules, celui de devoir être adéquat en tout temps. « Nous sommes bien plus grands, plus lumineux que la plus belle pensée que nous avons sur nous-mêmes. » Voilà… xx

  3. marianna56 dit :

    Bonjour, les moments difficiles je connais et de plusieurs catégories. Ma fille a perdu un bébé à cinq mois, problèmes cardiaques. Trois ans plus tard naissances de jumeaux en bonne santé mais quel chemin parcouru pour une mère et moi la mamy. Moi aussi je me suis relever plusieurs fois après des étapes bien difficiles à franchir. Fière aujourd’hui de mon parcours, je sais apprécier la moindre chose le plus petit détail. L’instant present bien sur. Les blog sur le développement personnel me font toujours du bien et me redonne un coup pouce. Merci à vous Régis.

  4. Régis Carlo dit :

    Merci Vicky pour ce partage ! Mon coeur en est ravie !

  5. Régis Carlo dit :

    Merci pour ce touchant témoignage et bravo pour votre parcours !

Les commentaires sont fermés.